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Pénurie de tables-bancs dans les écoles publiques: Une autre plaie du système éducatif ivoirien

Afrikchallenges 20 Sep 2018 - 22H39
photo à titre illustrative

La Côte d’Ivoire, malgré la dégradation de son couvert forestier dispose encore d’un tissu industriel du bois dynamique aux compétences avérées. Paradoxalement, les établissements scolaires ivoiriens souffrent d’une insuffisance de tables-bancs… Dossier

En Côte d’Ivoire, rares sont les établissements scolaires publics qui ne souffrent pas de manque de tables-bancs. Face à cette situation, bonnes volontés, cadres et conseils régionaux font ce qu’ils peuvent pour combler le déficit en meubles et autres équipements. C’est certainement dans ce cadre que le conseil régional de la Nawa( Sud-ouest) a doté les établissements primaires et secondaires de la région de 1345 tables-bancs, pour pallier le déficit au niveau de certaines écoles de la région. C’était dans la mouvance de la rentrée scolaire 2017 – 2018. A l’occasion d’une cérémonie tant médiatisée, qui a eu lieu dans la bourgade de Yabayo, le troisième vice- président du conseil, Koudou Vincent a dit : « Le besoin en tables-bancs est évident compte tenu des effectifs scolaires. Le conseil régional de la Nawa a donc décidé d’apporter son appui à l’Education Nationale pour pallier le déficit au niveau des écoles mais aussi pour permettre aux enfants d’étudier dans de bonnes conditions, l’éducation faisant partie de nos priorités Il a fait savoir que ce sont au total 26 écoles issues de huit inspections d’enseignement primaire et neuf de la région ». Cette déclaration, passerait inaperçue, si c’était dans une autre localité autre n’appartenant pas à la Nawa, une région forestière par excellence et dont le président n’est autre que M. Alain Richard Donwahi Ahipaud , ministre des Eaux et forêt de la République de Côte d’Ivoire. Un pays dont la partie sud est couvert par la forêt et dont les produits sont transformés sur place, en produits semi-finis et finis très fiscalisés( Voir encadré). Curieusement, le système éducatif ivoirien qui devrait en profiter, est frappé par ‘le paradoxe de la pénurie de table-bancs’. Ainsi chaque année scolaire est rythmée par des mouvements d’humeur et de grèves à n’en point finir aussi bien dans le primaire public que secondaire en Côte d’Ivoire. Conséquences, une bonne partie des six millions d’élèves de Côte d’Ivoire, sont soumis à des cotisations par les Conseils de gestion scolaire( Coges) pour équiper des établissements scolaires et publics en table-bancs. En tout cas ces dernières années scolaires, les parents d’élèves, ont été constamment ponctionnés parfois à deux mille Fcfa par l’élève sous le fallacieux prétexte ‘ d’achat de table-banc’. Mais que fait concrètement l’Etat de Côte d’Ivoire pour équiper ses écoles en ce meuble très indispensable dans les conditions de travail des apprenants ? Et pourtant, la ministre de l’Education Nationale, de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle, Madame Kandia Camara avait révélé en 2017, que « le Chef de l’Etat ivoirien avait passé depuis deux ans une commande de 575 000 tables bancs » dont « beaucoup sont en réserve » pour répondre aux éventuels besoins exprimés par les écoles. Malheureusement, juste après, l’année scolaire qui a suivi, les mouvements d’humeur des élèves n’ont pas manqué consécutivement au manque de ce type de meubles composés d’un banc en bois et d’une table ; le tout monté en une seule pièce. Car c’est bien souvent que des élèves sont obligés de s’asseoir à 3 voire quatre sur tes tables- bancs souvent branlants, pour apprendre. Ces difficiles conditions d’apprentissage, sont souvent à l’origine de mouvements de perturbation de la part des élèves qui vont jusqu’à paralyser les cours. Entre autres mouvements enregistrés ces dernières années, citons ceux qui ont eu lieu durant la rentrée scolaire de 2014-2015. Notamment au lycée moderne de Madinani( Odienné), les cours ont été perturbée voire retardée. Quand le mardi 19 janvier 2016, c’est-à-dire durant l’année scolaire suivante, les élèves de Yamoussoukro, capitale politique furent délogés par leurs camarades du lycée mixte1 qui manifestaient bruyamment contre l’absence de tables-bancs. Rappelons que les cours furent perturbés pendant deux jours dans cette ville. Ce n’est pas tout ! Le lycée moderne de M'Bahiakro (Centre-Est, région de l'Iffou), a enregistré aussi en 2016 des mouvements d’humeur de la part des apprenants qui n’étaient content du fait d'une insuffisance de tables-bancs dans les classes. . Par ailleurs, le mois d’octobre 2017 a été marqué par les mêmes revendications indiquées plus haut, sont encore remontées à la surface à Bouaké, principale ville de la Région du Gbéké. Les élèves du plus grand lycée de la ville, le lycée municipal Djibo Sounkalo de Bouaké ont manifesté pour le même motif. Et surtout contre les frais de Coges exigés chaque années pour, dit-on équiper l’établissement en tables-bancs. « L'année dernière, on avait 6800 élèves. Cette année, notre effectif tourne autour de 7.500 élèves. L'effectif a augmenté mais les infrastructures n'ont pas changé. Nous sommes donc confrontés aux problèmes de salles et surtout de table-bancs. Les élèves sont 3 à 4 pour travailler. Nous avons fait le point de nos besoins à la hiérarchie, nous attendons », indiquait pour sa part le proviseur du lycée municipal Djibo Sounkalo de Bouaké, Traoré Nouhoun.

Situation identique dans des zones où sont implantées des scieries

Même constat à Adzopé, où il existe tout de même quatre grosses unités industrielles du bois. Citons : Inprobois (Ipb), société spécialisée dans la fabrication de plaquage déroulé, contreplaqué ou encore panneaux lattés. A cette entreprise , ajoutons la Nouvelle Scierie d'Adzopé (Nsa), qui est spécialisée dans la production du plaquage simple et des contreplaqués d’une part et l’ usine de la Tropical Bois(Tb) spécialisée dans les tranches, des planches et du sciage d’autre part. Sans oublier une quatrième : la Fabrique ivoirienne de parquet (Fip) très expertes dans la fabrication de « carreaux » en bois. Malgré l’existence de ces entreprises spécialisées dans les différents métiers du bois, les élèves du collège moderne de cette ville ont dénoncé en mars 2017 le manque de tables-bancs. « Nous avons longtemps supporté cela maintenant, nous n’en pouvons plus. Il n’y a même pas de bancs dans les classes. Nous sommes obligés de nous asseoir à trois voire quatre par banc. Dans ces conditions, comment voulez-vous qu’on puisse copier les leçons », a avait confié à un confrère des élèves. Pour ne citer que ces poussées d’adrénaline et de convulsions pour réclamer en quelque sorte de meilleures conditions ‘ d’apprentissage’. S’il nous a été difficile durant nos investigations d’avoir des chiffres fiables de la part, du ministère de l’Education nationale, de la formation professionnelles et de l’enseignement technique, de réactualiser les données indiquées plus haut, que pour combler le déficit, des partenaires au développement, élus locaux et cadres sont constamment à contribution pour équiper les écoles publics de Côte d’Ivoire. En Mai 2013, dans le cadre du don de contrepartie japonais hors projet, le ministère de l’Education nationale, a reçu de l’Ambassade du Japon un don de 12.500 tables-bancs. Il témoigne certes de la bonne santé des relations entre la Côte d’Ivoire et le Japon. Mais confirme la consolidation d’une politique de main tendue qui a cours sous les tropiques, là où le gouvernement devrait mettre en place une politique de soutien à la production de table-bancs avec les industriels du secteur que de taxer fortement une secteur à l’agonis. ( Voir encadré 2). Pour revenir au don en question, disons qu’ a été possible grâce à l’utilisation du fonds de contrepartie du don japonais hors projet d’un montant de cinq cent millions de francs Cfa, pour l’acquisition de mobiliers scolaires. Selon les autorités du ministère de l’Éducation nationale et de l’enseignement technique, «L’acquisition de ces 12. 500 tables-bancs comblera tous les besoins au niveau du secondaire dans les 4 Dren d’Abidjan et celle de Bongouanou». La répartition de ces mobiliers scolaires prévoit, pour les établissements secondaires, l’octroi aux Directions régionales de l’éducation nationale( Dren) Abidjan 1 de 1250 tables bancs, Direction régionale de l’éducation nationale( Dren) Abidjan 2 de 1921 tables-bancs; Direction régionale de l’éducation nationale( Dren) Abidjan 3 2890 et de la Direction régionale de l’éducation nationale( Dren) Abidjan 4: 1400 tables-bancs. Le surplus, constitué 5 039 tables-bancs sera réparti au niveau du primaire dans chacune des Inspections de l’enseignement primaire des 04 Directions régionales de l’éducation nationale d’Abidjan et celle de Bongouanou. Ont été livrés aux établissements primaires dans les Dren Abidjan 1, 1.100 tables bancs ; Dren Abidjan 2: 1000; Dren Abidjan 3, 1039. La Dren Abidjan 4, 1300 et Bongouanou: 600 tables-bancs. Ce qui donnait un total de 12.500 tables- bancs dont 5039 aux écoles primaires et 7461 pour le secondaire. Et les besoins des autres régions du pays ? Les autorités du système éducatif ivoirien restent muettes. En attendant d’avoir des données plus fraiches, des cadres et aux conseils régionaux font ce qu’ils peuvent. Les Conseils régionaux tout comme les Districts par exemple, ont à charge entre autres de construire des écoles et de les équiper en fonction de la demande des populations. Dans le cadre de cette mission, par exemple, le Conseil régional du Béré a offert courant 2015, 2500 table-bancs à plusieurs établissements primaires et secondaires de la région dont le lycée de Mankono qui a eu le privilège d'accueillir la première phase de cette opération de distribution avec 500 table-blancs. De Tiémé( Odienné) en passant par Niakara dans la Région du Hambol, des actions sont posées dans ce sens. Dans la première localité citée, les responsables des Comités de gestion des établissements (Coges) de sept écoles primaires de Tiémé ont été équipés de 300 tables-bancs semi métalliques par le ministère de l’Education nationale. Ce don de tables-bancs devrait permettre aux apprenants et aux enseignants de travailler dans de meilleures conditions. Dans le Hambol, Le lycée municipal de Niakara était confronté à un besoin d’environ 400 tables-bancs. L’adjoint au chef d’établissement, Nouhoun Soro, avait relevé un besoin urgent de 396 tables-blancs pour satisfaire le déficit criant au lycée municipal Henri Konan Bédié de Niakara. « Une cotisation de 2000 Fcfa a été instaurée par le bureau des parents d’élèves à l’effet d’une solution à ce problème d’équipements scolaires », a-t-il ajouté, à un correspondant local d’un média d’Etat. A Bouaké dans le Gbéké, c’est le ministre des Transports, Amadou Koné a offert en début d’année scolaire 2017-2018, des table-bancs et du matériel informatique au lycée moderne 2 de Bouaké dont il est un ex-pensionnaire. Ce lycée disposait en tout 40 salles de classes pour 5300 élèves soit 110 élèves par classe. Pour l’année scolaire 2018-2019, le gouverneur Beugré Mambé a offert 1000 tables-bancs aux établissements scolaires du district autonome d’Abidjan. La cérémonie s’est déroulée en présence du représentant du ministre de l’Education nationale, vendredi 14 septembre, à l’espace Canal aux bois, à Treichville. A l’occasion, le ministre gouverneur a indiqué que ce don vise à permettre aux écoliers, collégiens et lycéens d’étudier dans de meilleures conditions de travail. Il a été possible, a-t-il affirmé, grâce au partenariat étroit qui lie le ministère de l’Education nationale au district autonome d’Abidjan, lequel partenariat va permettre la construction d’un collège avec internat à Elokato-Elokaté, un collège à Brofodoumé, deux collèges et deux internats à Songon.

Que disent les enseignants et les parents d’élèves

Pour M. Basile Dohan Dago, enseignant et président de l’Ong Agir pour l’école, « Il faut repenser notre politique de scolarisation( …)C’est l’inadaptation des infrastructures d’accueil avec la politique de scolarisation obligatoire. Pendant le moment de crise militaro-politique. On a assisté à la construction de peu d’infrastructures d’accueil des élèves pourtant la population scolaire a augmenté. L’Etat devrait penser aux infrastructures d’accueil avant de lancer sa politique de scolarisation obligatoire. Aujourd’hui nous constatons un accroissement vertigineux de l’effectif des élèves et au même moment, il n’y a pas une augmentation proportionnelle des infrastructures d’accueil des élèves. Par conséquence, les résultats scolaires à coup sûr sont mauvais » Peut-on attendre d’efficient d’une élève qui étudie dans des conditions exécrables d’une classe pléthorique, où les tables-bancs manquent ? A cette question la réponse de cette Ong est sans ambages : « L’échec scolaire à travers les résultats catastrophiques en est la preuve. Il faut repenser notre politique de scolarisation obligatoire en tenant compte des difficultés en matière d’infrastructures d’accueil et de personnel administratif et enseignants. Si en définitive l’objectif de l’Etat c’est l’alphabétisation de toute la population, il doit se donner les moyens de sa politique sinon les remous ne finiront pas dans les écoles au vu des récurrents problèmes d’infrastructures d’accueil et de personnels » Pour M. Aka Kadio, président de l’Organisation des parents d’élèves et étudiants de Côte d’Ivoire,( Opeeci), « il faut mettre fin cette insuffisance de tables-bancs dans nos écoles. Les Coges lèvent des cotisations à chaque rentrée scolaire pour équiper les écoles en tables-bancs. Mais après on constate que ça ne va pas. Dans le cadre de notre conférence de presse de rentrée scolaire sont des choses que nous allons dénoncer. Le gouvernement a demandé aux Conseils régionaux d’équiper dans ce sens les écoles grâce à des fonds qui leurs sont alloués. Mais la situation ne s’améliore pas(…) » Terminant, le président de l’Opeeci fait la révélation suivante : «Nous sommes un pays producteur et exportateur de bois et dérivés. Mais dans nos écoles, nos enfants sont confrontés à un manque criant de tables-bancs. Ce n’est pas normal ! On préfère en importer d’Inde et de Chine au lieu d’en fabriquer en qualité et en quantité sur place. Nous pensons qu’il faut adresser la question autrement »

 

Bamba Mafoumgbé, bamaf2000@yahoo.fr

Légende photo : Malgré les cotisations levées chaque année, les élèves sont obligés de s’asseoir à trois voire ou quatre pour prendre les cours..

Encadré 1 :Une industrie du bois très dense

Le ministre ivoirien des eaux et forêts, Alain Richard Donwahi Ahipaud a affirmé le vendredi 8 septembre 2017, que « l’industrie du bois en Côte d’Ivoire a permis la création de 50 000 emplois directs et de plus de 100 000 emplois indirects » Il s’exprimait à la faveur de la visite de la Présidente du Libéria, Ellen Johnson Sirleaf, à l’Industrie tropicale de sciage (Its), dans le cadre de sa visite officielle en Côte d’Ivoire, en compagnie du Vice-Président de la République, Daniel Kablan Duncan. M. Donwahi a dit aussi que « les 131 unités en activité ont transformé 1490 000 m3 de grumes avec un rendement moyen de 50% ». La Côte d’Ivoire et le Libéria ont conclu, le 30 août 2017, à Monrovia, un accord de coopération dans le domaine du bois forestier, et faunique qui prévoit en son article 8 des champs de coopération dont la mise en œuvre devrait permettre la gestion durable des ressources forestières et fauniques dans l’amélioration des conditions de vie de nos populations.

B. Mafoumgbé

 

 

M. Sanogo Moussa, secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, en charge du Budget et du portefeuille d’Etat. Il doit revoir sa copie sur la question.

Encadré 2 : L’Etat préfère collecter ses taxes…

Une taxe d’abattage dont le montant est fonction de la catégorie de l’essence forestière exploitée et calculé par mètre cube de bois utilisable ou commercialisable. Il est proposé de supprimer la taxe d’abattage et de la remplacer par une taxe dénommée « taxe sur les ventes de bois en grumes » dont le taux est fixé à 5 % du chiffre d’affaires des entreprises bénéficiaires de la livraison en ce qui concerne les bois en grumes destinés aux industries locales et à 5 % de la valeur déclarée en douane pour les bois en grumes exportés. Il est par ailleurs proposé de remplacer « la taxe d’abattage sur les ventes de bois sur pied » par « un prélèvement sur les ventes de bois sur pied ». Le règlement de la taxe se fait dans les conditions et selon les modalités habituelles auprès de la recette des Impôts compétente, par le bénéficiaire de la livraison pour les bois en grumes destinés aux industries locales, et auprès de la recette des douanes compétente, par le déclarant en douane s’agissant des bois en grumes exportés. Les recettes attendues de cette mesure étaient évaluées à 8 milliards de Fcfa. Une mouture qui a été a rejetée par les professionnels du secteur. Avec qui la Direction générale des impôts( Dgi), a pu trouver un texte qui ne fâche personne dans la mouvance de la crise de l’annexe fiscale à la loi de finance 2018. Que de prendre cette taxe dans les poches des professionnels et industriels du bois, le gouvernement ivoirien pourrait imaginer un mécanisme d’encouragement et d’incitation des industriels par exemple qui produiraient des tables-bancs à des coûts très compétitifs et sociaux. Malheureusement dans le nouveau code ivoirien adopté par l'assemblée nationale et promulgué par le Président de la République de Côte d'Ivoire, selon la loi N°2014-427 du 14 Juillet 2014, ne prévoit rien dans ce sens. Pi, ce nouveau code forestier ivoirien qui renferme divers articles et réglementations est composé de 152 articles. Il nous est revenu que ce code est en train de connaitre des évolutions certes. Mais en son titre VIII, les articles 103 et 104 disent : « Article 103 : L’Etat perçoit des droits, taxes et redevances pour la cession, la location, l’exploitation, la transformation ou la commercialisation produits forestiers. Article 104 : Dans le cadre de ses activités, toute personne physique ou morale exerçant dans l’exploitation, la transformation, la valorisation, la promotion ou la commercialisation des produits forestiers est assujettie aux paiements des droits, taxes et redevances prévus par les textes en vigueur » Comme quoi l’option prise par le gouvernement c’est de lourdement fiscaliser la filière bois.

Bamba M.

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