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Actualité portrait

Thierry TANOH: Ministre du Pétrole, de l’Energie et du Développement des Energies Renouvelables

Jeune Afrique 01 Oct 2017 - 13H45
Biographie

Thierry Tanoh est un économiste et expert-comptable Ivoirien né en 1962. Il est depuis depuis le 12 septembre 2014, Secrétaire général adjoint de la Présidence. 

Pendant plusieurs années, il a occupé les fonctions de Directeur général du groupe Ecobank, Vice-président, Afrique subsaharienne, Amérique Latine et Caraïbe, et Europe de l’Ouest de International Finance Corporation (IFC)

Thierry Tanoh est né le 21 avril 1962 à Abidjan. Il est élève au Lycée Scientifique de Yamoussoukro. Après l`obtention de son baccalauréat scientifique, il réussit le très sélectif concours d`entrée de l`ESCA de l`Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny de Yamoussoukro.
Diplômé ESCA(Ecole Supérieure de Commerce d’Abidjan) en 1985, il s`expatrie en France où il travaille dans un grand cabinet d`audit et de conseil (l`un des fameux "big four") et obtient également, son diplôme d’expert-comptable.
Il revient ensuite en Côte d`Ivoire, et travaille pour la Direction et Contrôle des Grands-travaux (DCGTx), aujourd`hui le Bureau National d`Études Techniques et de Développement (Bnetd). En 1992, Thierry Tanoh postule à l`Université Harvard. À la lecture de sa lettre d’admission à Harvard, le consul des États-Unis à Abidjan le félicite et lui propose de bénéficier de l’un des plus prestigieux programmes de bourse d’études, le Programme Fulbright. Ce programme bien connu exige au tenant de la bourse de quitter les États-Unis aussitôt après l’obtention de son diplôme. Le Président de la République de Côte d`Ivoire, Félix Houphouët-Boigny, bien qu`étant en désaccord avec la mère de Thierry, lui accord une bourse personnelle sans clause restrictive. Ainsi en 1992, il s`envole vers les États-Unis pour Harvard, où il aurait pu croiser, une année plus tôt, un certain Barack Obama.

À la fin de ses études en 1994, il entra à la Société financière internationale, filiale de la Banque mondiale, où il travaille depuis. Il y reçoit une formation de chargé d’investissements, puis se spécialise dans les secteurs chimique et pétrochimique. Il travaille sur l’Asie, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est.
Il est en 2001 affecté au bureau de Rio de Janeiro (Brésil) ou contribuera au montage des projets en Amérique Latine.
Courant 2003, il est promu directeur régional adjoint pour la zone Afrique. Il rejoint donc le bureau Afrique dont le siège est basé à Johannesburg en Afrique du Sud.
En juillet 2006, il devient directeur régional pour l’Afrique subsaharienne.
Le 1er juillet 2008, il est nommé Vice-président pour Afrique sub-saharienne, l’Amérique latine et Caraïbes, et Europe de l`Ouest de Société financière internationale, et devient ainsi à 47 ans, le premier Africain francophone à occuper, au sein des institutions de Bretton Woods, un poste de vice-président opérationnel.
De juillet 2012 au 11 mars 2014, il succéda à Arnold Ekpe et fut le directeur général du groupe Ecobank basé à Lomé (Togo).
Depuis le 12 septembre 2014, il est nommé à la Présidence de la République de Côte d`Ivoire: il occupe le poste de Secrétaire général Adjoint.

Distinctions et publications

Ancien Vice-président et directeur Afrique subsaharienne de l’International Finance Corporation (IFC), filiale de la Banque mondiale, cet Ivoirien diplômé de Harvard milite pour l’assainissement de l’environnement des affaires, le développement des infrastructures et la promotion du secteur privé sur le continent.

Entre Johannesburg, la ville où il est basé, un bureau à Paris et le siège de son institution à Washington, Thierry Tanoh, qui pilote une équipe de plus de sept cents personnes, a les caractéristiques d’un homme pressé. Mais il sait prendre le temps d’écouter et de comprendre, d’expliquer, d’argumenter et de convaincre. À 47 ans, cet Ivoirien est le premier Africain francophone à occuper, au sein des institutions de Bretton Woods, un poste de vice-président opérationnel.

À l’International Finance Corporation (IFC), la filiale de la Banque mondiale chargée du développement du secteur privé, il ne s’occupe pas que de l’Afrique subsaharienne. Il est également chargé de l’Europe occidentale, ainsi que de l’industrie, des services, de la santé, de l’éducation et de l’agro-industrie. Ces multiples casquettes ne l’empêchent pas, lorsqu’il évoque l’Afrique, de parler de « notre » continent, de « nos » pays, de « nos » chefs d’État. Alors reviennent sans cesse, telle une supplique, les mots leadership et vision. Il en faut, insiste-t-il, pour impulser les avancées décisives qui permettront de développer l’Afrique.

Thierry Tanoh a fait l’essentiel de ses études en Côte d’Ivoire. Diplômé de l’École supérieure de commerce d’Abid­jan, il part décrocher un diplôme d’expert-comptable en France, travaille quelques années dans le bureau parisien d’un cabinet international de consulting, puis à la Commission bancaire de l’UEMOA. Mais ce fils de professeurs ressent le besoin d’ajouter une dimension plus prestigieuse à son cursus. Ce sera Harvard.

À la lecture de sa lettre d’admission à Harvard, le consul des États-Unis à Abidjan le félicite et lui propose de bénéficier de l’un des plus prestigieux programmes de bourse d’études, le Fulbright. Mais celui-ci a une clause restrictive : le boursier doit quitter les États-Unis aussitôt après l’obtention de son diplôme. Thierry Tanoh ne veut pas hypothéquer ainsi un avenir qu’il espère radieux. À sa grande surprise, le président Houphouët-Boigny le convoque alors pour le féliciter et lui proposer, à titre personnel, une bourse pour toute la durée de ses études à Harvard. Il n’a pas sollicité le « Vieux », mais la nouvelle de son admission à Harvard pouvait difficilement ne pas parvenir aux oreilles du chef de l’État : la mère de Thierry Tanoh était alors la directrice de l’École des jeunes filles de Yamoussoukro, une institution créée par le président pour former l’élite féminine de son pays. Sauf que madame Tanoh n’avait pas de très bons rapports avec Houphouët : elle se plaignait, à trop haute voix, de ce que les autorités l’obligeaient à faire sortir les élèves des salles de classe pour aller saluer le cortège présidentiel chaque fois qu’un chef d’État étranger venait en visite à Yamoussoukro. Le « Vieux » supportait mal ce type de fronde, mais, en privé, il concédait qu’elle n’avait pas tort.

Boursier personnel de Félix Houphouët-Boigny, Thierry Tanoh arrive donc sur le campus de Harvard, où il aurait pu croiser, une année plus tôt, un certain Barack Obama. Frais émoulu de cette prestigieuse université, il entre à l’IFC en 1994. Il reçoit une formation de chargé d’investissements, puis se spécialise dans les secteurs chimique et pétrochimique. Il travaille sur l’Asie, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est. Il se donne beaucoup, mais les promotions ne suivent pas. Jusqu’au jour où, en l’absence de son supérieur hiérarchique, le patron de ce dernier lui demande directement une étude. Il la rend dans un délai anormalement bref et le travail est de qualité. Le chef de son chef, sachant désormais ce qu’il vaut, le sollicite plus souvent. Sa carrière peut décoller.

En 2001, il est affecté à Rio de Janeiro (Brésil), où il travaille sur des projets d’envergure et convainc définitivement. Deux ans plus tard, on lui propose de rejoindre le bureau de Johannesburg, comme directeur régional adjoint. Thierry Tanoh est abasourdi ! Quelle faute a-t-il bien pu commettre pour mériter une telle sanction ? « À l’époque, avoue-t-il, l’Afrique était le département où l’on vous affectait lorsque personne ne voulait de vous ailleurs. » Sa hiérarchie lui oppose un argument massue : « Si vous, Africain qui avez réussi ailleurs, refusez d’aller travailler sur l’Afrique, qui donc voudra y aller ? » Il cède, non sans avoir obtenu la latitude de pouvoir recruter les hommes qu’il faut pour sortir le continent de sa position de cinquième roue du carrosse IFC.

En juillet 2006, il est promu directeur régional pour l’Afrique subsaharienne et devient, deux ans plus tard, vice-président de l’IFC. Cette ascension, Thierry Tanoh la vit avec l’humilité de ceux dont le parcours répond à une traçabilité sans faille. Il est de cette génération née après les indépendances, qui s’assume sans complexe, d’autant plus à l’aise qu’elle est sortie des mêmes moules que l’élite mondiale.

Thierry Tanoh a africanisé son équipe au point d’en inquiéter certains. Mais les résultats sont là : de 140 millions de dollars investis dans sept pays en 2003, l’IFC touche aujourd’hui plus de vingt-cinq États. Ses investissements, passés à 1,4 milliard en 2008, devraient atteindre 1,8 milliard en 2009, et ses programmes d’assistance technique au secteur privé se sont considérablement développés. Ce qui en fait le premier investisseur dans le secteur privé en Afrique subsaharienne. Il est fier du travail réalisé par son équipe, même s’il prévient que les États, pour mériter d’accueillir davantage de capitaux, doivent encore assainir l’environnement des affaires, se doter d’institutions crédibles et de dirigeants capables d’amener leurs peuples à se surpasser.

Interview

Jeune Afrique : Comment vont les affaires pour l’IFC en Afrique par ces temps de crise ? 


Thierry Tanoh : Plutôt bien. C’est justement dans des périodes comme celle-ci qu’une institution comme la nôtre est le plus sollicitée. Par les pays à revenu intermédiaire, qui, en raison de l’assèchement des ressources à destination des pays émergents, renouent de plus en plus avec les institutions de Bretton Woods. Mais aussi par les pays les plus pauvres, qui souffrent à la fois de la réduction du prix des matières premières et du tassement des transferts de fonds des Africains vivant en Europe. Le tout sur fond d’amenuisement de l’intérêt des investisseurs pour l’Afrique… 


Amenuisement ? Ne s’agit-il pas plutôt de la perpétuation d’un désintérêt ? 

L’Afrique a tout de même connu, ces cinq dernières années, une croissance sans précédent, aux alentours de 5 %. Cela a été en partie possible grâce aux investissements directs étrangers [IDE, NDLR]. Cependant, dans le contexte de crise actuel, par peur du risque, les investisseurs se tournent curieusement vers les États-Unis, où l’État offre une garantie qui rassure, s’il faut en croire certains analystes. Paradoxalement, c’est donc vers le pays d’où est partie la crise que vont les capitaux. 


Quelles sont vos priorités en matière de financement ? 

L’IFC est un partenaire à long terme, qui investit sur des périodes de cinq à dix ans. Nous offrons des garanties, octroyons des prêts et prenons des participations dans le capital des entreprises. Nous privilégions les investissements qui ont un impact positif sur le développement, génèrent de l’emploi et permettent d’accroître la valeur ajoutée des produits africains, afin que les pays tirent davantage profit de leurs ressources naturelles. 


Financez-vous aussi les entreprises privées à capitaux étrangers installées sur le continent ? 

De préférence, nous encourageons les entrepreneurs locaux, cela fait partie de notre rôle et de notre mission. Mais nous finançons également des entreprises internationales établies en Afrique, surtout quand elles font du transfert de technologies. 


Les multinationales peuvent donc se servir dans le peu affecté à l’Afrique… 

Qu’appelle-t-on une multinationale ? Une entreprise panafricaine est une multinationale. Dans un pays où il y a des problèmes de gouvernance, donc des difficultés à trouver des partenaires locaux crédibles, nous aurons tendance, pour y développer nos investissements, à attirer des entreprises qui ont démontré un intérêt particulier pour la bonne gouvernance. Dans des pays où nous avons des partenaires locaux de bonne réputation, les choses sont plus simples. 

L’essentiel est que nos investissements contribuent, de façon durable, au développement du continent. Notre plus gros investissement, cette année, a été fait dans une entreprise régionale, Ecobank. Cette banque panafricaine est en pleine expansion. Nous avons décidé de l’accompagner. Par le passé, nous avons financé la plus grosse cimenterie d’Afrique subsaharienne, au Nigeria. 


Des cimenteries, il y en a au moins une dans chaque pays. Pourquoi n’encouragez-vous pas une spécialisation des États, pour financer sur un seul territoire une cimenterie qui produirait pour tous ? 

Ce débat m’intéresse, parce qu’il nous porte au cœur de la problématique de l’intégration régionale. De notre point de vue, la clé du développement du secteur privé de l’Afrique subsaharienne s’articule autour de trois grands axes. Le premier, qui est notre cheval de bataille, est le climat des affaires. Le deuxième est le soutien actif aux petites et moyennes entreprises, qui sont, dans nos économies, de véritables moteurs du développement. Le troisième axe est le soutien aux grands projets, et je milite tout particulièrement pour ceux qui impliquent une intégration régionale. 


Le développement du continent africain nécessite une compétitivité à l’échelle mondiale de son industrie et de ses services. Cela ne sera possible que si l’on arrive à accroître les débouchés des entreprises africaines aux plans régional, continental et international. Elles doivent donc produire des biens et services – pour lesquels elles ont besoin d’énergie à des tarifs compétitifs – et les distribuer tout en réalisant des économies d’échelle. Ne pourrait-on pas, comme en Amérique du Sud, choisir des sites où l’on produirait de l’énergie pour toute une région ? Tout le monde sait, par exemple, que la capacité énergétique d’un site comme Inga, en RD Congo, permettrait d’alimenter presque toute l’Afrique subsaharienne. 


Inga, cela fait des décennies que l’on en parle... 

Si vous déplaciez aujourd’hui le site d’Inga en Europe de l’Ouest, il serait immédiatement mis en valeur, avec le concours du secteur privé. Nos chefs d’État se doivent de privilégier des solutions de production énergétique régionales. Cette intégration permettrait la croissance du secteur privé et le développement d’une classe moyenne qui, à son tour, stimulerait la consommation. Les grands pays développés sont ceux qui ont des marchés internes pour absorber une partie de leur production, donnant une impulsion à l’innovation. Et le besoin d’innovation induirait une amélioration du niveau de qualifications, donc de l’éducation, parce que le système éducatif devrait s’ajuster pour y répondre. L’intégration régionale est donc, à nos yeux, vitale. 


En dépit de vos ambitions, l’IFC n’est présente que dans à peine vingt États en Afrique… 

Nous opérons dans bien plus. Nos investissements ne sont pas conditionnés à une présence physique. Durant la dernière année fiscale, nous avons investi 1,4 milliard de dollars dans vingt-six pays. Dès l’instant où un marché est prometteur par rapport à son secteur privé, nous nous y implantons. 


À côté des centaines de milliards que l’on mobilise pour relancer les économies occidentales, n’est-ce pas dérisoire ? 

1,8 milliard, c’est ce que l’IFC va investir pour son propre compte en Afrique subsaharienne cette année. Nous sommes par ailleurs en train de lever d’autres fonds, pour accompagner les ressources que nous investissons. Nous avons ainsi mis en place un fonds de 3 milliards de dollars pour le secteur bancaire qui ira en priorité vers les pays les plus démunis du monde, dont ceux d’Afrique. La finalité est de recapitaliser le secteur bancaire, comme l’ont fait l’Europe et les États-Unis, en évitant que les banques africaines ne tombent dans le secteur public. 

Nous mobilisons également quelque 500 millions de dollars pour la microfinance et permettre à ce secteur de continuer à jouer son rôle, au moment où les ressources commencent à se tarir. En outre, pour l’Amérique latine et l’Afrique subsaharienne, nous lançons un fonds qui va faire appel, à hauteur de 800 millions de dollars, à des ressources qui sont en général dans les fonds souverains. L’IFC apportera le complément pour atteindre 1 milliard de dollars. La moitié ira à l’Afrique, pour accompagner les investissements en capital de l’IFC. Pour des raisons de consolidation, nous intervenons rarement au-delà de 20 % dans le capital des entreprises. Avec ce fonds, nous pourrons doubler notre participation pour atteindre 40 % et avoir ainsi une plus grande influence dans leur gestion. 

Nous lançons une initiative similaire dans le secteur des infrastructures, une autre dans le secteur de la santé et espérons, dans les cinq années à venir, investir 1 milliard de dollars en Afrique subsaharienne, tout en fournissant de l’assistance technique aux opérateurs privés dans ce secteur qui permettra d’améliorer les prestations de santé. 


Vous estimez apporter largement votre part au développement de l’Afrique ? 

Largement, peut-être pas. On aimerait pouvoir faire dix, vingt fois plus. Mais, pour cela, il faut un environnement des affaires qui soit plus propice au développement du secteur privé. 


Qu’est-ce qui gêne, aujourd’hui, dans cet environnement ? 

L’un des principaux obstacles est le manque de bonne gouvernance. D’une façon générale, un investisseur ne s’engage que s’il est convaincu que le système judiciaire lui permettra d’exercer ses droits dans la transparence. Il n’acceptera de prendre des risques que s’il estime que ceux-ci sont rémunérés de façon adéquate. En effet, il faut donner une valeur au risque. Et l’investisseur ne s’installera en Afrique que s’il sait que, par rapport à un investissement similaire sur d’autres continents, il aura un retour sur investissement plus intéressant. C’est à ce stade que le manque d’infrastructures devient un problème. 


Pourquoi ? 

Très souvent, en Afrique subsaharienne, les infrastructures de base sont inexistantes. Supposons, par exemple, que vous vouliez construire un aéroport pour développer le tourisme. Si vous implantez cet aéroport dans un endroit éloigné du centre-ville et que les infra­structures qui accompagnent sa mise en place doivent être également à la charge de l’investisseur, le projet devient moins attrayant. Idem dans le développement des mines, du pétrole, quand vous avez une concession à valoriser. Si c’est au secteur privé de prendre en charge la construction des routes qui permettent d’acheminer la production jusqu’au port, qui, lui-même, n’existe pas, vous commencez à transférer au secteur privé des coûts qui affectent négativement la rentabilité du projet pour un investisseur. 

À la bonne gouvernance et au minimum d’infrastructures doit s’ajouter une main-d’œuvre locale qualifiée, car on perd en compétitivité si tout doit se faire avec des expatriés. 


Où se conçoit, aujourd’hui, la stratégie de développement de ce continent ? 

L’Union africaine doit aider à mettre en place un environnement qui permette, entre autres, aux économies de se développer. Au niveau régional aussi, vous avez des organisations comme la Cedeao, l’UEMOA, la Cemac, la SADC, qui visent l’intégration. Et puis il y a les États eux-mêmes. 


Mais ce travail se fait-il réellement ? 

Sans pointer du doigt un pays ou un autre, il y a là, très clairement, une question de leadership. Il est certain que si nos chefs d’État n’assument pas eux-mêmes ce leadership, personne ne peut le leur imposer. C’est à eux d’avoir une vision de développement à la fois nationale, régionale et panafricaine. Ce leadership doit également se sentir au niveau des solutions que proposent aux chefs d’État les institutions régionales et panafricaines. Pour le reste, si vous mettez des hommes de qualité là où il faut, vous obtenez des résultats probants. 


Observez-vous ce leadership dans certains pays lorsque vous rencontrez les chefs d’État ? 

Absolument ! Au cours de ces dernières années, on a vu arriver des leaders africains avec une vision et une volonté de faire avancer les choses. Les Ghanéens ont montré une maturité au niveau de leur développement politique, et même dans le débat de grande tenue qu’ils ont engagé sur la manière d’utiliser les nouvelles ressources pétrolières pour développer leur pays. Le Ghana a démontré, ces dernières années, à la fois une vision, un désir de bonne gouvernance et un très grand leadership. Lorsque vous discutez avec la classe politique du Cap-Vert, vous avez, comme on dit en français, du répondant, à la fois sur le fond et sur la forme. Compte tenu de ses ressources, le Cap-Vert fait beaucoup et s’en sort relativement bien. 


Pourquoi vos institutions ne donnent-elles pas aux États africains sérieux et rigoureux les moyens d’atteindre le stade ultime du développement ? 

Lorsqu’un pays réussit, c’est d’abord à lui-même qu’il le doit. Aucune institution ne peut se vanter d’avoir développé un pays. Nous accompagnons les États. Et certains font de notre soutien un meilleur usage que d’autres. Le Botswana, le Mozambique, la Tanzanie, le Rwanda, le Liberia, la Sierra Leone sont des pays qui impressionnent par les efforts qu’ils font pour assainir l’environnement des affaires et intégrer le secteur privé dans leur développement. Lorsqu’un pays évolue de la sorte, il acquiert très vite la capacité d’attirer directement les fonds commerciaux. Que le Cap-Vert ou tout autre pays se développe sans nous est une excellente chose. Cela arrivera d’ailleurs de plus en plus souvent en Afrique. 


On dit que vos institutions n’ont aucun intérêt à voir ces pays se développer, car ce serait alors le chômage pour vous… 

Moi, je suis africain. Mon plus ardent désir est que mes enfants et petits-enfants puissent être éduqués et soignés en Afrique. Et, pour cela, j’ai refusé des offres très lucratives dans le secteur privé pour faire du développement. Je ne demande qu’à être mis au chômage. Car cela voudra alors dire que je peux travailler dans le secteur privé en Afrique subsaharienne. 


Mais cet état d’esprit est-il si répandu au sein de vos institutions ? 

Sont-ce ces institutions qui gouvernent ou bien les États ? Si les États africains utilisent les ressources qu’on leur fournit à bon escient, ils vont se développer et nous mettre tous au chômage, tôt ou tard. À eux de mettre en place leurs propres stratégies et d’utiliser les institutions comme un premier tremplin pour accéder aux capitaux internationaux. Avant le début de la crise actuelle, un pays comme le Ghana commençait à avoir directement accès au marché financier international. Les banques du Nigeria se sont financées avec des capitaux internationaux. 


Que manque-t-il aux pays qui ont du mal à s’en sortir ? 

On revient toujours au leadership. Il est essentiel qu’il y ait, à la tête d’un État, quelqu’un qui fasse preuve à la fois d’une vision de développement et de rigueur dans la mise en place de ce qui doit être fait. Il montre la voie et s’entoure d’une équipe compétente pour faire progresser le pays. Et cela crée un sentiment national qui pousse les cadres compétents vivant à l’étranger à revenir se mettre à la disposition de leur patrie. 


Cela paraît si simple, si facile… 

Je ne connais pas beaucoup de gens qui ne souhaitent pas vivre chez eux, là où ils ont leurs attaches, leurs racines. Le tout est de créer un environnement propice. Et je suis certain que, dès lors que les cadres africains verront que leurs pays sont sur la bonne voie, beaucoup rentreront, y compris en acceptant des revenus moindres, s’ils se rendent compte qu’ils vont travailler avec des gens sérieux. Vous imaginez le système de santé performant que nous aurions si on parvenait à attirer ainsi les médecins africains qui exercent à l’étranger ? 


Sauf que certains États africains, à l’instigation de vos institutions, envoient à la retraite des médecins dès l’âge de 55 ans... 

C’est là que le secteur privé a un rôle à jouer. Si, en Europe, la fonction publique dit aux médecins de partir à la retraite à 55 ans, le secteur privé sera le premier à leur offrir des opportunités, à la fois de recherche et de développement. Ces contraintes administratives ne devraient pas contribuer à nous freiner, au contraire. Le fait même que nos États ont des ressources limitées justifie la nécessité de faire la place qu’il faut, là où il faut, à l’initiative privée. Il faut aussi avoir la lucidité de laisser le privé prendre la relève lorsque l’État a atteint ses limites. 


Les critères de vision et de leadership que vous définissez rappellent plutôt les profils des pères des indépendances. N’est-on pas, là, dans les rêves perdus ? 

Il faut reconnaître que les pères des indépendances avaient une page blanche, et partaient avec une capacité à emprunter plus grande. Certains parmi eux avaient effectivement une vision et ont su développer au mieux leur pays. Mais, dans l’ensemble, il y a toujours une différence par rapport à d’autres continents, et elle ne se résorbera que si les États africains s’unissent pour affronter ensemble les défis qui sont les leurs. Le développement de l’Afrique ne viendra pas de l’extérieur. 


Avez-vous le sentiment, lorsque vous sillonnez le continent, que certains pays tendent vers cela de manière convaincante ? 

Il est des pays qui avancent. On observe d’ailleurs que ceux qui vont dans le bon sens sont ceux qui ont renforcé leurs institutions avec une gestion qui repose davantage sur le bon fonctionnement de ces institutions que sur des individus. C’est aussi à ces détails que l’on reconnaît un homme d’État : il met en place des institutions qui peuvent lui survivre. J’ai toujours pensé que l’unité de mesure, pour apprécier un grand leader, est l’état de son pays une fois qu’il est parti. 


On pourrait en déduire que quelqu’un comme Félix Houphouët-Boigny n’était pas un grand leader… 

Je pense que le président Houphouët-Boigny, de son vivant, a fait des choses extraordinaires pour la Côte d’Ivoire. Il en a fait un pays phare dans la sous-région. S’il avait pu finaliser son travail en facilitant la succession, cela aurait probablement changé le cours de l’Histoire. Cette définition est évidemment la mienne. Mais, pour moi, il est très important, pour un grand leader, de mettre en place ce qu’il faut pour que son œuvre lui survive. Je ne souhaiterais en aucune façon qu’il ressorte de ce que je dis que le président Houphouët n’a pas été un grand leader. Il a fait énormément pour la Côte d’Ivoire et pour l’Afrique. Est-ce que le pays se serait mieux porté aujourd’hui s’il avait permis une meilleure transition ? Ma réponse personnelle est oui. 


Y a-t-il, dans l’histoire de l’Afrique indépendante, des leaders qui ont pu vous inspirer ? 

Oui. Nelson Mandela. 

Mais Mandela est une icône universelle… 

Avant d’être universel, il est africain. Et je pense que c’est un exemple du genre, comme il y en a un tous les cent ans. 


À propos de l’élection d’Obama, vous avez dit que l’Afrique devrait s’en inspirer pour mettre en valeur le travail, le sérieux et la rigueur, que vous opposez à la corruption et aux solutions de facilité. Y aurait-il un tel déficit de moralité en Afrique ? 

Barack Obama a beaucoup travaillé et fait preuve d’une rigueur et d’une détermination assez extraordinaires. Il n’a pas choisi la facilité et a prouvé qu’avec de telles qualités il est possible de s’élever à des niveaux où l’on ne vous imaginait pas. Ce qui manque à la jeunesse africaine, ce sont des modèles, des repères, des gens qui l’inspirent, à qui elle peut vouloir ressembler. Les modèles sont des personnes capables d’amener les autres à se surpasser. C’est cela, le véritable leadership. Être capable d’entraîner avec vous des gens qui croient en votre vision et qui en tirent une force extraordinaire pour se surpasser. 

Avec Obama, les jeunes Africains savent, plus que jamais, qu’ils peuvent y arriver par le travail, sans être corrompus, sans devoir recourir aux solutions de facilité, à l’enrichissement rapide et illicite, qui, faut-il le préciser, n’est pas une spécificité africaine. Car il y a aussi, en Afrique, des gens qui se sont enrichis de manière tout à fait légale. Je pense à quelqu’un comme Mo Ibrahim, qui a profité de la méconnaissance du marché africain par d’autres pour exploiter un filon en mettant en place une structure panafricaine. Pour des personnes de ce type, j’ai un profond respect. C’est d’ailleurs une très bonne chose qu’il y en ait, parce que cela montre que l’on peut s’enrichir sainement en Afrique. Il faut juste s’assurer que notre jeunesse s’identifie aux bons modèles et pas à des imposteurs. 

Une fois les bons modèles identifiés, il reste le cheminement pour leur ressembler. En raison de l’état désastreux du système éducatif en Afrique, des millions de jeunes voudraient faire de bonnes études, mais ne le peuvent pas… 


Et cela est triste ! Néanmoins, lorsqu’on réalise qu’on ne peut pas trouver de solution par rapport au système en place, il ne faut pas renoncer mais faire preuve d’imagination pour contourner l’obstacle. Il y en a tellement en Afrique ! Même à notre modeste niveau, à l’IFC, nous sommes sans cesse confrontés à des difficultés. Et chaque fois, nous devons les analyser et chercher comment les surmonter. Sinon, on n’avancerait pas. Quand le système éducatif n’est pas bon, cela peut aussi devenir une opportunité pour le secteur privé. Dans quelle mesure des enseignants, qui se rendent compte que le système public ne répond pas à la demande, ne s’organiseraient-ils pas pour proposer un système éducatif de qualité dans le privé ? Je précise que l’IFC finance également des écoles privées. Nous avons même financé des écoles maternelles au Ghana. On a vu notamment au niveau de la santé que, lorsque l’État ne peut plus dispenser certains services, le secteur privé trouve une opportunité et y arrive. Et là, l’État doit admettre son incapacité et mettre en place un cadre juridique adéquat pour permettre au privé de délivrer des services de qualité. 


Dites-vous ces choses aux dirigeants africains ? 

Absolument ! C’est exactement de cela que je parle lorsque j’évoque l’amélioration de l’environnement des affaires. Il s’agit, entre autres, de réduire les barrières administratives pour que le secteur privé évolue de façon harmonieuse, en s’inscrivant dans les objectifs de développement du pays. Le secteur privé doit être rémunéré par rapport aux risques qu’il prend, mais encadré de sorte que l’État bénéficie de sa croissance. 


Au lieu d’avoir les mêmes facultés et grandes écoles dans chacun des États, pourquoi ne rassemblerait-on pas dans un même pays les meilleurs dans une discipline pour en faire des pôles d’excellence ? 

Un tel projet serait le bienvenu, parce qu’il permettrait à la fois de réaliser des économies d’échelle, d’attirer un corps enseignant de qualité, donc de dispenser un enseignement de qualité, et d’aider considérablement au développement du secteur privé, comme du secteur public. Tout cela implique, encore une fois, une bonne gouvernance. Une grande école nécessite que les concours et les examens soient organisés dans la transparence. Je souligne qu’il y a quand même plusieurs exemples d’écoles régionales qui ont très bonne réputation. C’est le cas, par exemple, de l’école de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest, le Centre africain d’études supérieures en gestion [Cesag, NDLR], qui dispense un enseignement de qualité. Il y en a eu d’autres, qui ont disparu. Et cela nous ramène à la question du leadership et de la vision. 


Tout espoir n’est donc pas perdu… 

Au contraire. Mais la solution aux problèmes de l’Afrique ne viendra pas d’ailleurs. Elle passe par une amélioration de nos infrastructures, par une plus grande intégration régionale et par le renforcement à la fois de notre leadership et de nos institutions. Avons-nous, sur le continent et en dehors, les hommes, la capacité et, surtout, les ressources pour y arriver ? Ma réponse est oui. Est-ce que l’Afrique peut prétendre jouer, dans les cinquante prochaines années, un rôle plus important ? Ma réponse est oui. Mais pour y parvenir il va falloir que les Africains se donnent les institutions et les leaders qui leur permettront d’y arriver. 


Source : Jeune Afrique 
http://www.jeuneafrique.com

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