Sécurité sanitaire des aliments: du fardeau local vers un déploiement continental
Abidjan le 30 juin 2026. À l’occasion de la Journée internationale de la sécurité sanitaire des aliments tenue le 7 juin dernier, l’Afrique est invitée à dépasser le simple constat des chiffres alarmants pour orchestrer la mise en œuvre et le partage de solutions pratiques adaptées à ses réalités économiques et sociales.
Le constat mondial est sans appel. Les maladies d’origine alimentaire continuent de peser lourdement sur la santé et les économies africaines. Selon les dernières estimations réactualisées de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le monde enregistrait environ 866 millions de cas de maladies d'origine alimentaire en 2021, entraînant 1,52 million de décès et d'astronomiques pertes de productivité évaluées à 310 milliards de dollars. À elles seules, les régions de l'Afrique et de l'Asie du Sud-Est concentrent près des trois quarts de ces infections et 60 % de la mortalité mondiale, les enfants de moins de cinq ans payant le tribut le plus lourd.
Face à ce défi, le thème de l’édition 2026, « Du fardeau aux solutions : un accès universel à des aliments sûrs », sonne comme un mot d'ordre. L’heure n’est plus à la litanie des chiffres, mais à la circulation et au changement d'échelle des innovations locales africaines.
Les marchés traditionnels au cœur de la riposte
En Afrique, l'action ne peut se limiter aux chaînes d'exportation ou aux supermarchés. Dans les zones urbaines, environ sept ménages sur dix s'approvisionnent exclusivement sur les marchés informels et territoriaux (marchés traditionnels, étals de rue, kiosques). Loin d'être de simples défaillances réglementaires, ces espaces représentent le poumon économique et alimentaire de millions de personnes, en particulier des femmes.
Pour être durables, les solutions doivent y être pragmatiques et abordables : amélioration de l'accès à l'eau potable, modernisation des infrastructures, formation aux bonnes pratiques d'hygiène et systèmes de refroidissement à bas coût. Construites en concertation avec les petits commerçants et les producteurs, ces mesures visent à protéger le consommateur sans asphyxier les moyens de subsistance des acteurs du secteur.
Une architecture continentale en pleine mutation
L'Afrique consolide progressivement ses institutions. Portée par l'Union africaine, la Stratégie de sécurité sanitaire des aliments pour l’Afrique 2022-2036 offre désormais une boussole pour harmoniser les normes, un enjeu crucial pour fluidifier les échanges de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf). Cette dynamique a franchi un cap historique : suite à l'adoption de ses statuts le 16 février 2025 par les chefs d’État, l’Agence africaine de sécurité sanitaire des aliments s'apprête à devenir opérationnelle pour coordonner la gestion des risques à l'échelle du continent.
Sur le terrain, cette approche s'imbrique dans le cadre interconnecté « Une seule santé », qui associe les santés humaine, animale, végétale et environnementale. Un principe réaffirmé avec force lors du récent Sommet « Une seule santé » tenu à Lyon le 7 avril 2026. De plus, dix pays de l'Union africaine viennent de soumettre leurs structures à l’Outil FAO/OMS d’évaluation des systèmes de contrôle des aliments afin de guider leurs prochaines réformes.
Valoriser les réussites : les produits Aflasafe et les silos méthaliques
La transition réussie d’expériences locales en actifs continentaux repose sur une documentation rigoureuse. Deux initiatives majeures illustrent cette nécessité. Il s’agit entre autres ;
-L'expérience Aflasafe : Développée par l'Institut
international d'agriculture tropicale (IITA), cette solution utilise des
souches fongiques non toxiques pour supplanter les aflatoxines qui contaminent
le maïs et l'arachide. Initialement conçue au Burkina Faso, la solution a été
scientifiquement validée et adaptée au Mali, au Niger et au Togo, affichant une
baisse du taux de contamination de plus de 80 % entre 2019 et 2023.
-La gestion post-récolte en Éthiopie : Mené par le ministère éthiopien de l'Agriculture avec l'appui de la FAO, ce programme a permis de déployer trois millions de sacs hermétiques et des silos métalliques auprès de 600 000 ménages depuis 2013. Cette expérience démontre que le changement d'échelle dépasse la simple distribution technique : il requiert l’implication d’artisans locaux, des financements adaptés et un solide ancrage institutionnel.
Le rôle stratégique du CERFAM
Pour passer du fardeau aux solutions, le Centre d’excellence régional contre la faim et la malnutrition (CERFAM) a identifié trois actions d’envergure. La première consiste à interconnecter la surveillance sanitaire (animale, humaine, environnementale) pour générer des données nationales fiables. La deuxième a pour objectif de documenter scientifiquement les échecs et les succès des projets africains pour pérenniser les investissements. Et enfin le troisième vise à transférer les technologies de pointe en s'assurant de la présence de ressources locales et de l'implication des petits exploitants.
Le CERFAM joue un rôle de facilitateur. Sans se substituer aux agences de contrôle nationales, le CERFAM s'emploie à identifier les bonnes pratiques africaines, à évaluer leur potentiel de transférabilité et à connecter les États par le biais de la coopération Sud-Sud.
CT















